Mercredi 11 novembre 2009
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12:59
La surdité en général c'est dejà pas simple.
Bah en fait, on devrait dire les surdités.
Ce que la plupart des gens ignore, c'est que la surdité est un monde complexe et varié avec plein de styles différents. On peut être sourd de bien des façons.
>Génétique : spontané "un-pour-mille-pas-de-bol" ou héréditaire (en général celle-là est prise très tôt puisque qu'on s'en méfie et qu'on la traque).
>On peut devenir sourd aussi par différentes causes : vilaines otites mal traitées, virus au nom barbare, indétectable mais qui détruit l'audition, chocs traumatiques, simple usure, grande prématurité de l'enfant, médicaments toxiques et bien d'autres.
Après il y a les options :
Il y a les surdités légères, moyennes, sévères et profondes.
Et puis on peut être sourd de telle ou telle partie de l'oreille ou du cerveau.
Et pour finir ce bref tour d'horizon de la déficience auditive, on peut être sourd de certaines fréquences plus que d'autres, et enfin, la surdité peut être évolutive... ou pas.
Dans la maternité où j'ai accouché, il y a un dépistage systématique des surdités néonatales, Fiston en a bénéficié et tout était normal.
Forcément puisqu'il entendait bien à la naissance ou pas assez mal pour que ça ce voit.
Pour Fiston tout commence bien et normalement. Il grandit bien, très bien même vu qu'il est en dehors des courbes (mais avec ses parents c'est pas étonnant vu que dans ma famille 1,70m c'est petit).
Il marche à 13 mois et commence à imiter les sons et les mots qu'il entend. Les oiseaux font "cuicui" et l'âne fait "hihan" !
Et puis viennent ses premiers mots : "à p'us tard!" et "au 'voir" (... à l'époque ça m'avait paru... disons original mais aujourd'hui ça sonne presque comme un augure).
Vers ses 1 an et demi, j'ai l'opportunité de monter mon entreprise avec un Papa artiste à la maison, je saisis cette chance et j'ouvre mon atelier-boutique. Le changement de vie pour Fiston est assez soudain, sa maman qui était pésente en permanence se met à travailler jusqu'à 60 heures par semaine... un choc en vérité.
Donc pas étonnant qu'il se comporte un peu bizarrement notre bambin, qu'il se renferme sur lui-même et qu'il me fasse payer mon absence par des rejets parfois violents.
Et puis plus de mots, de moins en moins d'interactions avec le monde extérieur... des colères impressionnantes et même la perte du contact visuel, accrocher son regard devient une gageure. Fiston semble vivre en parallèle... dans sa bulle.
On se pose des questions bien sûr et je vous passe la symphonie d'inquiètude en culpabilité majeure pour maman surbookée et de plus en plus frustrée.
Mais on s'abreuve de paroles rassurantes, "ne t'inquiète pas, il va bien ton fils, il se décoincera quand il ira à l'école"... "Enstein n'a parlé qu'à 6 ans, tu sais?"... "c'est un garçon, et ça parle plus tard les garçons".
Il y a eu l'épisode du médecin de famille aussi : "vous lui parlez au moins ?"... mais quel con celui-là!
Arrivent ses 3 ans et l'entrée en maternelle. Comme tous parents qui se respectent, c'est une étape un peu bizarre, faire entrée Bambin Premier dans la "Scolarité" : un truc qui le poursuivra pour ses 15 prochaines années. Et puis comme il ne parle pas et bien c'est encore plus étrange, mais la maîtresse ne s'en fait pas trop et nous devons nous attendre à de grand progrès dans les mois qui viennent.
Mais quelques semaines plus tard la maîtresse nous dit qu'il y bien quelques chose qui cloche, qu'elle a l'impression que Fiston n'entend pas bien et nous envoie chez le pédiatre qui suit ses enfants.
C'est là que notre parcours commence réellement.
Nous sommes dirigés vers le service ORL de l'hôpital local, le premier test nous indique qu'il il a bien une déficience auditive et nous repartons avec une ordonnance pour des appareils auditifs et des séances d'orthophonie, et un nouveau rendez-vous pour mesurer l'ampleur de la surdité.
Emerge une nouvelle problématique : comment mesurer l'audition d'un enfant qui a passé l'âge des réponses reflexes aux stimulations sonores, qui ne participe pas aux jeux proposés par l'ORL (genre quand tu entends bruibruit, tu mets la baballe dans la boîboîte) et qui hurle à la mort dès qu'on essaie de lui mettre un casque sur la tête?
Il y a bien des tests objectifs qui nous renseignent sur certaines fréquences mais bon c'est pas super précis tout de même.
Après pas mal de tentatives, l'ORL en perd son latin et nous envoie chez son illustre confrère comportementaliste du Grozopital de la Grosseville.
Grâce à la patience, aux efforts et au talent déployés par le Grand Docteur, le diagnostic tombe enfin : surdité bilatérale de perception, congénitale, sévère à profonde.
(Tiens ! c'est cool, elle est couverte à 100% par la sécu celle-là!... Parce que 2500 euros de prothèses auditives c'était pas prévu au budget).
Elle est apparemment évolutive, très probablement génétique et spontanée et touche en premier lieu les fréquences aigües et moyennes (celles de la voix) et moins les basses.
Dans l'ensemble, nous sommes soulagés. Je me dis que tout ce qui ne va pas chez Fiston s'explique et trouvera donc sa solution et qu'au moins, il n'est pas autiste !" (oh quel voeu pieu à l'époque ! Comme quoi l'intuition est là même quand on ne veut pas l'écouter).
Pour Monsieur Papa c'est aussi un grand soulagement, je garderai toujours en mémoire le soir où, le regard bizarrement humide, il avait fini par lâcher un "au moins je sais maintenant que je ne suis pas un père nul à chier".
Entre-temps je décide de cesser mon activité qui ne décolle pas, m'épuise, m'éloigne de mon fils et ne me rapporte même pas un embryon de salaire.
Une prise en charge en orthophonie est commencée et on nous dirige vers le CAMSP local pour une supervision par un pédopsychiatre, l'intervention d'une psychomotricienne etc...
Le chapitre de l'autisme n'est pas encore envisagé à ce stade... c'est une toute autre histoire qui pointe le bout de son nez.
Bah en fait, on devrait dire les surdités.
Ce que la plupart des gens ignore, c'est que la surdité est un monde complexe et varié avec plein de styles différents. On peut être sourd de bien des façons.
>Génétique : spontané "un-pour-mille-pas-de-bol" ou héréditaire (en général celle-là est prise très tôt puisque qu'on s'en méfie et qu'on la traque).
>On peut devenir sourd aussi par différentes causes : vilaines otites mal traitées, virus au nom barbare, indétectable mais qui détruit l'audition, chocs traumatiques, simple usure, grande prématurité de l'enfant, médicaments toxiques et bien d'autres.
Après il y a les options :
Il y a les surdités légères, moyennes, sévères et profondes.
Et puis on peut être sourd de telle ou telle partie de l'oreille ou du cerveau.
Et pour finir ce bref tour d'horizon de la déficience auditive, on peut être sourd de certaines fréquences plus que d'autres, et enfin, la surdité peut être évolutive... ou pas.
Dans la maternité où j'ai accouché, il y a un dépistage systématique des surdités néonatales, Fiston en a bénéficié et tout était normal.
Forcément puisqu'il entendait bien à la naissance ou pas assez mal pour que ça ce voit.
Pour Fiston tout commence bien et normalement. Il grandit bien, très bien même vu qu'il est en dehors des courbes (mais avec ses parents c'est pas étonnant vu que dans ma famille 1,70m c'est petit).
Il marche à 13 mois et commence à imiter les sons et les mots qu'il entend. Les oiseaux font "cuicui" et l'âne fait "hihan" !
Et puis viennent ses premiers mots : "à p'us tard!" et "au 'voir" (... à l'époque ça m'avait paru... disons original mais aujourd'hui ça sonne presque comme un augure).
Vers ses 1 an et demi, j'ai l'opportunité de monter mon entreprise avec un Papa artiste à la maison, je saisis cette chance et j'ouvre mon atelier-boutique. Le changement de vie pour Fiston est assez soudain, sa maman qui était pésente en permanence se met à travailler jusqu'à 60 heures par semaine... un choc en vérité.
Donc pas étonnant qu'il se comporte un peu bizarrement notre bambin, qu'il se renferme sur lui-même et qu'il me fasse payer mon absence par des rejets parfois violents.
Et puis plus de mots, de moins en moins d'interactions avec le monde extérieur... des colères impressionnantes et même la perte du contact visuel, accrocher son regard devient une gageure. Fiston semble vivre en parallèle... dans sa bulle.
On se pose des questions bien sûr et je vous passe la symphonie d'inquiètude en culpabilité majeure pour maman surbookée et de plus en plus frustrée.
Mais on s'abreuve de paroles rassurantes, "ne t'inquiète pas, il va bien ton fils, il se décoincera quand il ira à l'école"... "Enstein n'a parlé qu'à 6 ans, tu sais?"... "c'est un garçon, et ça parle plus tard les garçons".
Il y a eu l'épisode du médecin de famille aussi : "vous lui parlez au moins ?"... mais quel con celui-là!
Arrivent ses 3 ans et l'entrée en maternelle. Comme tous parents qui se respectent, c'est une étape un peu bizarre, faire entrée Bambin Premier dans la "Scolarité" : un truc qui le poursuivra pour ses 15 prochaines années. Et puis comme il ne parle pas et bien c'est encore plus étrange, mais la maîtresse ne s'en fait pas trop et nous devons nous attendre à de grand progrès dans les mois qui viennent.
Mais quelques semaines plus tard la maîtresse nous dit qu'il y bien quelques chose qui cloche, qu'elle a l'impression que Fiston n'entend pas bien et nous envoie chez le pédiatre qui suit ses enfants.
C'est là que notre parcours commence réellement.
Nous sommes dirigés vers le service ORL de l'hôpital local, le premier test nous indique qu'il il a bien une déficience auditive et nous repartons avec une ordonnance pour des appareils auditifs et des séances d'orthophonie, et un nouveau rendez-vous pour mesurer l'ampleur de la surdité.
Emerge une nouvelle problématique : comment mesurer l'audition d'un enfant qui a passé l'âge des réponses reflexes aux stimulations sonores, qui ne participe pas aux jeux proposés par l'ORL (genre quand tu entends bruibruit, tu mets la baballe dans la boîboîte) et qui hurle à la mort dès qu'on essaie de lui mettre un casque sur la tête?
Il y a bien des tests objectifs qui nous renseignent sur certaines fréquences mais bon c'est pas super précis tout de même.
Après pas mal de tentatives, l'ORL en perd son latin et nous envoie chez son illustre confrère comportementaliste du Grozopital de la Grosseville.
Grâce à la patience, aux efforts et au talent déployés par le Grand Docteur, le diagnostic tombe enfin : surdité bilatérale de perception, congénitale, sévère à profonde.
(Tiens ! c'est cool, elle est couverte à 100% par la sécu celle-là!... Parce que 2500 euros de prothèses auditives c'était pas prévu au budget).
Elle est apparemment évolutive, très probablement génétique et spontanée et touche en premier lieu les fréquences aigües et moyennes (celles de la voix) et moins les basses.
Dans l'ensemble, nous sommes soulagés. Je me dis que tout ce qui ne va pas chez Fiston s'explique et trouvera donc sa solution et qu'au moins, il n'est pas autiste !" (oh quel voeu pieu à l'époque ! Comme quoi l'intuition est là même quand on ne veut pas l'écouter).
Pour Monsieur Papa c'est aussi un grand soulagement, je garderai toujours en mémoire le soir où, le regard bizarrement humide, il avait fini par lâcher un "au moins je sais maintenant que je ne suis pas un père nul à chier".
Entre-temps je décide de cesser mon activité qui ne décolle pas, m'épuise, m'éloigne de mon fils et ne me rapporte même pas un embryon de salaire.
Une prise en charge en orthophonie est commencée et on nous dirige vers le CAMSP local pour une supervision par un pédopsychiatre, l'intervention d'une psychomotricienne etc...
Le chapitre de l'autisme n'est pas encore envisagé à ce stade... c'est une toute autre histoire qui pointe le bout de son nez.
Par Salvia Mamaterra
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Publié dans : Technique, parcours et médicalitude
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